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ULTRA TRAIL MONT-BLANC

Le tour du Mont-Blanc en moins de 2 jours

     On ne repousse pas ses limites, on les découvres...

En 2006 je venais à bout de mon dernier Ultra Tour du Mont Blanc, l’UTMB pour les intimes. Sans doute l’une de mes expériences sportives la plus rude, la plus enrichissante, tant l’intensité physique, psychologique, ont été fortes. Deux années plutôt, alors que le trail prenait racine en France je m'étais lancé dans ma première tentative. Il n'y avait pour cette deuxième édition de la course ni point de qualification obligatoire pour s'inscrire, ni tirage au sort pour pouvoir prétendre à prendre le départ, ma plus grosse expérience en course à pied était le marathon de Paris. Mais me lancer dans ce "nouveau" type de course nature, qui plus est au cœur du massif du Mont-Blanc, semblait comme une évidence : l'UTMB était la course rêvée : Le tour du Mt-Blanc en 44h max, 165 kilomètres, 9 000 mètres de dénivelée positifs...

Je crois que nous devions être quelque chose comme 1300 coureurs à prendre le départ pour une seule course. A l'époque pas de CCC, de PTL, etc... mais un classement dès Courmayeur, à mi course (80km) atteint.  C'est là que je m’arrêterai pour ma première participation, le genou gauche douloureux. Décidé à boucler cette course incroyable je reviendrais en 2005. Cette fois je stopperai un peu après le 100ème kilomètre (mon premier 100 bornes!) le genou droit défaillant cette fois. Mais je ne pouvais en rester là, je revenais donc en 2006, fort des mes deux premières expériences inachevées, avec une seule image en tête, mon arrivée dans Chamonix au milieu de cette foule incroyable et le son de la voix de Ludovic Collet, le légendaire speaker de la course, accompagnant mes dernières foulées avant la ligne d'arrivée. Je voulais vivre cette expérience !

Mon UTMB

Vendredi 26 août 2006, 18h20, place du Triangle de l’Amitié, Chamonix.

Dans 40 mn, je me lancerai dans mon 3ème Ultra-Trail du Mont-Blanc. Mais avant cela la pression est à son comble... Ma poche à eau vient de céder et j’ai le dos aspergé de boisson énergétique, mais le plus grave, c’est que je n’ai plus de réserve d’eau. Je suis un peu dépité. Sans cette réserve d’eau, les chances d’arriver au bout sont plus que faibles. Ma chance, Audrey, ma compagne, bénévole sur la course, est avec moi avant le départ. Un plan d’urgence est décidé, elle part à la recherche d’une nouvelle poche à eau. 18h40, c’est bon, Audrey revient avec une poche encore sous blister. Le temps d’opérer le remplacement, faire l’appoint d’eau et me voilà de nouveau opérationnel. Je revis.

Quelques secondes avant le départ, l’hymne de l’UTMB raisonne dans la ville. La BO de Christophe Colomb rend ce moment d’autant plus solennel, C’est mon troisième départ, mais je ressens toujours la même émotion. 19h00, cette fois-ci, c’est parti. Après la traversée de Chamonix, nous rejoignons vite le premier sentier. Le peloton s’allonge petit à petit au rythme des premières ondulations et déjà, certains passages se font en marchant... Le mot d’ordre : gérer. Mes deux premières participations m’ont appris à être raisonnable : rien ne sert de courir, il faut partir à point…

Kilomètre 8, Les Houches, premier ravito. J’ai décidé de ne pas m’arrêter. Néanmoins, j’en profite pour prendre mes bâtons car l’ascension jusqu’au Col de Voza s’annonce. Je parcours cette première difficulté à mon rythme, non sans me poser des questions. « Tous ces gars qui me doublent, serais-je trop lent ? Ai-je le niveau ? Laisse-les aller, écoute ton corps, les sensations avant tout… ».

20h45… Passage du Col de Voza, classement 528ème. C’est le deuxième point de ravitaillement et cette fois, je marque une courte pause. Prochain objectif, Les Contamines. Ce passage de la course est sans difficulté majeure, mais est récompensé par un bain de foule en arrivant dans la ville. A nouveau, une pause ravito d’environ 15 mn. Déjà quelques abandons, blessures, manques de forme...

Démarre, à partir de ce point, la plus longue ascension du parcours, 1280 m de dénivelé positif. Au fur et à mesure que j’approche du Col du Bonhomme, la température chute, approchant les 0°... Depuis quelques heures maintenant, les frontales sont opérationnelles et bientôt, les sentiers du TMB laissent apparaître une guirlande humaine. Si cette montée est une grosse difficulté, j’appréhende bien plus encore la descente qui suit. Je ne suis pas un grand descendeur et l’expérience cumulée des éditions 2004 et 2005 pour cette partie du parcours me laisse songeur. Qu’à cela ne tienne, une année ne fait pas l’autre. L’humidité ambiante n’a rien de comparable avec les années précédentes où le principal défi était d’éviter au mieux le bain de boue, voire, au pire, la blessure stupide.

2h42 du matin… Après 7h41 et un peu plus de 43 km de course, j’arrive au refuge des Chapieux. Pause ravitaillement de 30 mn. Une petite soupe, du fromage, du sucré et il faut déjà penser à repartir... Je grelotte. La fraicheur de la vallée, l’arrêt de l’effort physique, la fatigue… La machine s’est refroidie et quelques courbatures apparaissent. Je reste scotché pendant plus de 10 mn devant un énorme feu de bois salvateur. Le redémarrage est plus que difficile, mais je repars enfin.

Cette fois, c’est le Col de la Seigne qui se précise. Comme en 2004 et 2005, cette ascension me semble sans fin et c’est mon premier coup de moins bien. Il est 5h27 et le soleil pointe le bout de son nez quand je franchis enfin le col. Mon classement : 885ème. S’en suit la descente jusqu’au Lac Combal. Je perds à nouveau quelques places, je n’ai pas de très bonnes sensations dans cette descente, sans doute la fatigue d’une première nuit blanche. Dans la montée vers l’arête du Mont Favre, je retrouve mes jambes. J’en profite pour accélérer dans la descente vers Courmayeur. Douche et équipement propre en vue mais avant ça, j’ai rendez vous au Col Checrouit avec Audrey qui fait partie de l’équipe de ravitaillement sur ce point du parcours. J’ai hâte de la retrouver.

8h12… J’y suis. Je passe une vingtaine de minutes à partager mes premières impressions de ce « début de course » avec Audrey, ce qui me fait beaucoup de bien. Je fais le plein d’ondes positives. A 9h10, j’arrive à la base de Courmayeur. J’ai environ 1 heure d’avance sur ma prévision de temps de passage. Physiquement tout va bien, mon classement : 909ème. Je ne m’arrête pas trop longtemps sur la base : douche, mise à niveau du sac à dos, repas consistant et en avant.

Pas question de prendre racine, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. D’autant plus que j’appréhende la montée vers le refuge Bertone. J’y ai connu l’an passé, et ce sans raison apparente, un début d’hypoglycémie qui m’a obligé à faire une halte de quelques heures. Malheureusement, même si un homme prévenu en vaut deux, je connais à nouveau les mêmes maux. La fin de la montée au refuge est un vrai calvaire. J’ai beau prendre du sucre, du coca, je me sens vidé et je suis incapable de repartir. Néanmoins, je ne panique pas. J’avais pris en compte cette éventualité dans mon timing. Je me dirige donc à l’étage du refuge où quelques couchages attendent les coureurs en détresse. Après 2 heures de sieste, c’est un peu ramolli que je reprends ma route. La mécanique se remet doucement en route. J’ai perdu pendant cette halte quelques 400 places, mais qu’importe, le classement est définitivement un critère secondaire.

C’est le milieu de ce samedi après-midi et quelques gouttes tombent. Mon objectif est alors de passer au plus vite le Grand Col Ferret. Une nouvelle fois, l’édition de l’année passée a laissé quelques mauvais souvenirs. La montée vers le Grand Col Ferret s’était transformée en chemin de croix après un arrosage massif de la piste qui avait rendu impossible toute prise d’appui (boue).

Déjà 24 heures de course

Samedi - 17h47. C’est bon, la Suisse se présente maintenant devant moi. Direction Champex, 2ème et dernier camp de base du parcours. Dans cette partie, je connais un nouveau coup de moins bien. Celui-ci m’inquiète plus. Je ressens une douleur grandissante au niveau du genou gauche et cette douleur je ne la connais que trop bien... Elle est la source de mes deux abandons des années passées (2004 : arrêt à Courmayeur / 2005 : arrêt à la Fouly). J’arrive à la base de Champex en boîtant, je suis lessivé et pour arranger l’affaire, il pleut. J’ai le moral dans les chaussettes. Heureusement, je retrouve Seb (déjà compagnon de course l’an dernier). Je lui explique mon problème, j’ai mal, j’ai froid, je voudrais dormir... Conciliant, mais plus lucide que moi, il me pousse d’abord à voir un kiné, ce que je rechigne à faire à cause de la queue... A ce stade de la course, nombreux sont les coureurs demandeurs de soins. Néanmoins, je prends mon mal en patience. 10 mn s’écoulent et je suis pris en main. Verdict : pas de solution miracle, un petit massage et une bonne dose d’encouragement. Ok, il faut que je fasse avec cette douleur, mais je veux toujours dormir... A nouveau, Seb s’en accommode simplement et m’aide à trouver un couchage... En vain. C’est un signe, je ne m’arrêterai pas à Champex plus longtemps. Il est près d’une heure du matin quand nous reprenons la course. La douleur au genou ne cesse d’augmenter.

Dans cet état, la montée vers les Fermes Bovines est un véritable cauchemar. Le franchissement des hautes marches et dalles qui caractérisent ce passage sont interminables. Plusieurs fois, j’évite la chute de peu (dont une fois où partant à la renverse, je suis rattrapé de justesse par 2 coureurs que je précédais. Sans eux, ma course aurait été, au mieux, finie. Quant au pire...). Mes jambes ne me portent plus, mon moral non plus ! Ma seule obsession devient la recherche d’un espace, d’un morceau de terrain au relief moins hostile où je pourrais stopper. Je suis à bout, je me demande ce que je fais là. Je ne vois plus comment finir cette course. Tout au fond de moi, je fais déjà une croix sur la course à pied, c’est une grande désillusion !

« Peut-être que je ne suis pas fait pour ça ? C’est fini, qu’on ne me parle plus de course à pied ». Je suis vidé, vexé, désabusé. Ma chance est que, tout d’abord, ce maudit sentier n’offre guère de lieu de pause et qu’ensuite Seb me pousse à aller au moins jusqu’au refuge, après on verra...

4h30 du matin, Bovine, enfin… Je me réfugie sous le premier abri qui se présente à moi (une tente abritant un peu de matériel médical) et me couche à même le sol. Je suis gelé. L’infirmière m’encourage tout d’abord à reprendre la course, puis ne pouvant que constater mon incapacité à repartir et refusant de me laisser dormir à même le sol, elle me propose une place dans le refuge voisin. Sans hésiter, j’accepte car, dans ma tête, la course est finie et l’idée d’accéder à un peu de chaleur, de dormir et de soulager mon genou douloureux suffit à mon bonheur. Avant de m’assoupir, je discute encore avec Seb et l’infirmière. Si je n’y crois plus, je n’ai pas officiellement arrêté la course. La barrière horaire est à 6h30, je décide donc, motivé par mes compagnons de route, de me réveiller à 6h00 pour faire le point et trancher. J’absorbe un anti-inflammatoire et je m’endors aussitôt.

6h00, Seb me réveille : « Comment tu te sens ? ». Je ne sais pas quoi répondre, j’ai l’impression que ca va mieux, c’est la confusion dans mon esprit. Une lueur d’espoir renaît. Je me redresse et rechausse mes chaussures couvertes de boue. La douleur à mon genou semble s’être dissipée. A 6h20, je reviens dans la course !

Nous repartons d’abord à petites foulées. Rapidement, les sensations de mieux sont confirmées. Nous démarrons alors une descente tonitruante vers Trient. Partis de Bovine avec 10 mn d’avance sur la barrière horaire, nous atteignons Trient avec 45 mn d’avance. Nous parcourons avec la même cadence la dernière difficulté du parcours. Je prends même le luxe de me changer une dernière fois au point de ravitaillement des Tseppes. Cette fois, je ne pense plus à l’abandon mais à mon « look » pour l’arrivée à Chamonix !!!

Vallorcine, kilomètre 142, je calcule et recalcule. Il est 10h16, la barrière horaire à Chamonix est 16h00. Il reste 16 km à couvrir et je ne vois plus ce qui pourrait m’empêcher d’arriver à Chamonix dans les temps. Cette fois, je vais aller au bout. A partir de cet instant, la douleur de mon genou va réapparaitre. Je vais parcourir ces derniers 16 km le plus souvent en marchant en plus de 4 h.

14h24… Je suis aux portes du centre ville de Chamonix. A quelques centaines de mètres, une foule massive acclame les arrivants. Je marque une pause, dans moins de 5 minutes, j’en aurai fini avec cette aventure. J’ai du mal à contenir mon émotion et laisse échapper quelques larmes. J’ai peur d’affronter cette foule, j’ai peur de craquer. Quand il faut y aller, il faut y aller. Malgré la douleur, je rentre dans la ville à petites foulées. Je contiens difficilement mon émotion.

Dernier virage, derniers mètres, Audrey, privilège de bénévole, m’attend sur la ligne d’arrivée. Je m’effondre dans ses bras, sanglotant de bonheur et de fierté.

Je termine ainsi cette édition 2006 en 43 heures et 26 minutes.

PS : Après l'arrivée et la consultation d'un médecin, je déambulerai plusieurs jours avec des béquilles, incapable de prendre appui sur mon genou. Je resterai également près de 4 mois savant de pouvoir recourir... Certains pourront trouver cela ridicule, pour ma part je n'ai aucun regret. Cette course, cette épreuve, m'a beaucoup appris sur moi même et reste une référence. Connaissance de mes capacités physiques, ses faiblesses (genoux ;)) mais aussi de mes ressources mentales.

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